1ère ascension du LABUCHE KANG II 7073m, situé dans la région de Tingri au Tibet, sous la direction de Heinz HÜGLI

De gauche à droite : Doris Lüscher, André Geiser, Dominique Gouzi, Thierry Bionda, Simon Perritaz, Heinz Hügli, Christian Meillard, André Müller, Carol Milz, Pierre Robert.

Pourquoi pas Bertol Peak 7

Les récits disent que l'expédition a réalisé la première ascension du Labuche Kang II,7072 m, un sommet de la chaîne de l'Himalaya, situé au Tibet. L'action se déroule au printemps 1995 et elle s'inscrit dans la suite logique des autres expéditions de la section. Elle en porte le numéro quatre, et elle respecte comme toutes les autres, la règle des cinq ans, une règle jamais écrite mais qui s'est finalement imposée, une règle qui dicte la période de renouvellement. Des expéditions himalayennes organisées par notre section. Les récits disent aussi que le choix s'est porté sur cette montagne parce qu'elle nous avait fait flasher une fois révélée par une photo japonaise et parce qu'une tentative italienne avortée nous livrait les informations sur un accès possible. La montagne était donc vierge, le sommet attrayant, bien individualisé et sans nom. Dans ces conditions, on peut vraiment se demander pourquoi l'équipe l'a baptisée Labuche Kang ll. Pourquoi ce nom à numéro alors que c'était justement l'occasion de placer un nouveau nom ? Pourquoi pas un Mount Root d'inspiration neuchâteloise, pourquoi pas un Bertol Peak en guise de pub pour notre section ?
La petite histoire est bien terre-à-terre. Elle se passe au moment de l'annonce de notre objectif aux autorités de Lhassa, une démarche qui vise à obtenir le permis d'ascension. Il faut savoir que dans la plupart des pays himalayens, ces permis d'ascension ont vu leur prix considérablement augmenter ces dernières années et que le prix des plus de 8000 m ainsi que celui des premières ascensions est considérable. Dans ces circonstances, présenter notre sommet comme un sommet secondaire du sommet voisin déjà gravi, le vrai Labuche Kang, avait l'avantage d'en faire chuter le prix en le faisant sortir de la catégorie la plus chère. Si quelqu'un a des regrets, il peut toujours se proposer comme sponsor lors de la prochaine expédition.

L'organisation.

A relire l'histoire de cette expédition de 1995, on voit tout de suite que pour l'organiser, il avait fallu faire intervenir de nombreux partenaires et intermédiaires. Y contribuent notamment une agence neuchâteloise et une agence népalaise, on voit un partenaire italien et un autre tibétain. Devant tant de complications, on se demande s'il n'aurait pas été plus simple de tout confier à un seul partenaire.
La petite histoire nous rappelle que quand nous avons tente ce coup là, est arrivée de l'Himalaya et par fax une simple facture manuscrite pour le versement de dizaines de milliers de dollars sur un compte chiffré à Lhassa. Cela nous a laissé un drôle de sentiment et surtout rappelle un vieil adage disant qu 'il ne faut pas mettre tous les oeufs dans le même panier. Un adage a peut-être commencé par sauver cette expé de la banqueroute.

Zhangmu.

En passant la chaîne himalayenne pour venir atteindre les hauts plateaux tibétains, nous avons trouvé la route coupée par des glissements de terrain et une énorme avalanche, un phénomène particulièrement fréquent au printemps. Nous avons alors passé quatre jours à Zhangmu, un village tibétain proche de la frontière népalaise, à attendre que la route soit dégagée.
A ce moment du récit, la petite histoire nous rappelle les attaques de «turista» que nous subissions. L'ambiance est morne et Carole est au plus bas. Les médicaments les plus sophistiqués que s'administre la pharmacienne n'y font rien. Le salut doit venir d'ailleurs. Et il arrive, de manière inattendue, sous la forme d'un télégramme personnel de Tchoukotka. Pour sûr, ce message qui lui parvient de l'autre bout du monde lui fait plus de bien que n'importe quel médicament, homéopathique ou pas!

Le lac gelé.

Il faut chaque fois remonter les 7 km du lac gelé pour atteindre le camp 1. Le temps se gâte dans la mi-journée. Un vent glacial descend des hauteurs et le grésil nous fouette le visage. Les portages vers la montagne deviennent alors très éprouvants.
Ici, la petite histoire vient rappeler les petits riens qui viennent ensuite rendre le quotidien d'une expé plus supportable! En vrac, j'ai envie de citer les mille-feuilles ou les babas au rhum préparés par Dom, les gâteaux d'anniversaire de notre cuisinier Prem, le petit paquet à ouvrir en cas de vague à l'âme ou encore la bonne humeur des copains!

Vers le C2.

Sur le glacier qui conduit au camp 2 et dont les crevasses sont rendues invisibles par la neige, une corde bien tendue entre trois ou quatre alpinistes est gage de sécurité. Chaque jour, nous devons refaire la trace; la marche est pénible; il faut 7 heures pour parcourir les 8 km de glacier sur un dénivelé de 600 m... Vivement le camp 2 et le repos!
La petite histoire est aussi la pour rappeler que la recherche de sécurité vient plus facilement quand on a frôle l'accident. De ma chute dans la crevasse, je garde encore aujourd'hui le souvenir très présent d'une descente vertigineuse dans le vide au milieu des colonnes de glaçons, et j'ai une forte reconnaissance pour Simon qui, à l'autre bout de la corde, a fini par arrêter ma descente en sautant lui-même par-dessus le trou de la crevasse que j'avais ouvert.

Sur l'arête E.

Au départ du camp 2, une équipe fait sa trace vers l'arête E sommitale. L'itinéraire traverse une rimaye problématique, puis évite par la droite une zone exposée à des séracs menaçants, pour finalement emprunter une ligne assez sûre qui conduit directement au sommet principal.
A ce moment, la petite histoire conte que Robs a mal aux yeux. Le feu du soleil lui brûle la rétine. La douleur est vive et permanente et même une fois sous tente, elle l'empêche de dormir la nuit. C'est l'ophtalmie des neiges qu'il faut soigner par l'obscurité complète. C'est la retraite au camp de base avec des lunettes entièrement recouvertes de toile opaque où seules deux petites fentes permettent au blessé de voir ses pas.

A 7072 m

Dom appelle le camp de base.
- Allô le camp de base, à vous!
- Ici le camp de base, nous te recevons
- Nous sommes au sommet, c'est super... L'arrivée au sommet est un moment privilégié. C'est l'aboutissement d'une ascension où tout a son importance. La radio notamment joue un rôle considérable, car tous les va-et-vient d'alpinistes ne sont rien s'ils ne sont pas coordonnés quotidiennement lors des vacations radio. On imagine mal comment une telle expé peut se passer de radios.
La petite histoire nous dit que nous avons failli en être privé, car la police frontière nous a confisqué toutes nos radios à notre entrée au Népal. Fallait-il déclarer nos radios à la frontière népalaise? En connaissance de cause, on aurait pu éviter les difficultés, mais une fois que l'existence des radios était connue, il fallait entamer les démarches interminables pour les faire transiter à travers le pays. Mille astuces déployées et le sort nous aidant, les précieuses radios ont fini par nous rejoindre.

Heinz Hügli avec Carole Maeder-Milz